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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 23:30

 

 

 

 


        llakaka, petit village entre Fianarantsoa et Tuléar, au cœur de l'Isalo,

        jadis simple halte pour les bouviers et leurs zébus, s'est éveillé un matin

        radicalement transformé par la découverte du saphir. La quantité et la

        qualité des saphirs exhumés du sol sont exceptionnelles.

        Le prix des pierres varie en fonction de la qualité et du poids : entre

        20 000  et 400 000 ariary selon la qualité, pour un gramme.

        Pour 10 grammes, 4 millions d'ariary (1500 €)est le prix moyen.

        Pour une pierre de très grande qualité, on raconte que le prix peut monter

        à 100 millions d'ariary.

        Depuis lors, plus de 200 000 personnes se sont installées autour d'Ilakaka,

        ce qui en fait le village le plus riche de Madagascar.

 

 


                 Ilakaka un an avant la découverte de saphirs, 1997
                     (photo, Pierrot Men)





























        

       Chaque pierres trouvée est imédiatement vendu chez les démarcheurs.

       Les négociants du sommet ne marchandent pas directement avec les mineurs, mais

       avec des démarcheurs intermédiaires, un métier lucratif qui attire bien du monde.

       A l'intérieur du campement, la hiérarchie est très stricte et le saphir gagne en
       valeur chaque fois qu'il change de main : celui qui creuse et trouve pourra manger
       pendant une semaine, voire un mois, mais uniquement si le puits lui appartient.
       Celui qui connaît un démarcheur gagne un peu plus, peut-être même pourra-t-il
       s'acheter une moto. Le démarcheur, lui, sera un homme riche pourvu d'une voiture
       et d'une maison. Ensuite, l'argent laisse peu de traces, car il file en majeure
       partie vers l'étranger.
       Si le gisement attire un peuple de fourmis, il attire aussi des grands.

       Le long de la rivière, de luxueuses 4x4 sont alignées les unes derrière les autres.

       A l'intérieur, des Thaïlandais des Français aussi, attendent que les prospecteurs

       apportent leurs pierres. Équipés d'un matériel de communication sophistiqué,

       ils négocient de leur voiture avec la Thaïlande et la France.

 

 

 





















               La fièvre du saphir alimente tous les fantasmes, toutes les légendes.

            Ont dit que ce gisement a été découvert grâce à l'arrestation d'un voleur

            de zébus qui portait un saphir autour du cou ; saphir qu'il aurait obtenu

            du Français qui avait découvert le filon en échange de son silence.

             Nous entendrons bien d'autres histoires sur le chemin d’llakaka.

 

 

 

 

 


 

 

               De petites parcelles non officielles ci et là avec des puits, des galeries

               dans lesquels s'engouffrent des malheureux au risque de leur vie afin de

               trouver des veines de filon.

               Le paysage est déformé par ces exploitations.

               Un groupe qui exploite un "carreau" compte quatre ou cinq personnes :

               l'un creuse, un autre emporte la terre blanche et sableuse au cours d'eau

               pour la tamiser, tandis qu'une femme cuisine.

               Il y a généralement près d'une femme pour quatre ou cinq hommes.

               Elles ont avec elles peu d'enfants, vendent des légumes, tiennent des

               gargotes à côté du chantier, car il existe au village des dispositions

               interdisant la vente de produits locaux.

               Les endroits exploités descendent parfois jusqu'à la nappe phréatique,

               et servent alors de puits ou de latrines.

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       un autre système d'exploitation à ciel ouvert.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

    Sympatiques les prospecteurs, ils m'ont dit "si tu trouve un saphir tu le gardes".

    Ils n'ont pas pris beaucoup de risque, car c'est très difficile, pour un oeil non

    exercé de  repérer le saphir parmi les autres pierres. En fait je les ai bien fait

    rire...

 

 

 


 

 

 

 


      Entre temps ils en ont trouvé une belle, c'est certainement moi qui leur ai

      porté chance...

 

 


      Carte satellite de Ilakaka: http://www.ilakaka.com/  

      En grossissant au maximum, nous voyons que le paysage est complétement

      déformé  par les exploitations.


 

 

       Les mineurs les plus expérimentés ont déjà écume les mines de saphir de la

       région de Tuléar, les mines d'émeraude du Sud-Ouest, les mines d'or et de

       saphir du Nord.

       D'autres ne savent même pas à quoi peut servir le saphir l Et pourtant, chacun

       creuse son trou. Les plus jeunes doivent avoir dix ans peut-être moins.

       Ils sont les plus agiles pour se faufiler dans les galeries.

       Beaucoup de femmes se risquent aussi à ce travail extrêmement dangereux.

       Les puits n'ont pas plus d'un mètre de diamètre et s'enfoncent jusqu'à

       18 mètres de profondeur. Le sol est facile a creuser car la terre est meuble,

       mais les galeries ne sont pas étayées, les accidents sont quotidiens et on

       dénombre déjà  des centaines de morts ensevelis.

       La nuit apporte aussi son lot de tragédies : règlements de comptes, jalousies,

       vols et morts violentes.

 

 

 

      Nous apprenons que sur la partie droite de la route il y a aussi des extractions,mais il y a un barrage, "On ne passe pas !" L'activité y est plus rationnellement organisée, de grosses machines retournent la terre avec une débauche de moyens surprenante.

      Cette partie est réservée au fils du président Ravalomanana.

      Elle est présentée (tenez vous bien) comme la contribution majeure du gouvernement "pour exploiter les revenus du saphir et les redistribuer au profit de la population malgache, pour sortir enfin le pays du peloton des pays pauvres".

 

 

 


 

 

 

 

 

  

     Il n'y a pas de station service à Ilakaka l'essence est vendu dans des boutiques.

 

     De petits commerçants spéculateurs achètent essence ou gas-oil qu'ils stockent

     en fûts de 200 litres à ciel ouvert, puis qu'ils transportent et revendent par

     bidons de 5 et 10 litres ou qu'ils gardent cachés à l'intérieur de cabanes

     en bois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

     Voici l'histoire exemplaire d'un jeune garçon à qui "certaines personnes" avaient

     confié un saphir et à qui la fortune tendait les bras. Un matin, pourtant, le saphir

     avait disparu, égaré ou volé. La transaction devait rapporter à chacun une belle

     somme, et les personnes en question ne tardèrent pas à se manifester pour

     réclamer leur dû. Cette "mafia" tenait maintenant le jeune homme entre ses

     griffes, avec droit de vie ou de mort sur sa pauvre existence.

     Incapable de rembourser la pierre dans les délais exigés, accablé par des

     intérêts qui chaque jour décuplaient, il ne tarda pas à se compromettre dans les

     coups les plus louches. Lente et irrémédiable descente aux enfers à laquelle

     chacun ici, à Ilakaka, peut aisément s'identifier.

     Ainsi va la vie à Ilakaka...

 

 

 

Ilakaka-7139--Copier-.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ilakaka-7150--Copier-.JPG

 

 

Tous ces hommes partagent le même espoir d'effacer la misère en découvrant la pierre bleue qui changerait leur existence. Alors, ils tentent leur chance dans des mines, au péril de leur vie et pour un travail finalement peu rentable. Quatre-vingt quinze pour cent d'entre eux ne trouveront jamais rien et iront grossir les rangs des miséreux. Sur les cinq pour cent restants, trois pour cent découvriront de petits cailloux qu'ils écouleront difficilement et les deux pour cent auront la chance de tomber sur une magnifique pierre bleue.

 

 

 

 

 

 

 

 

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La mine que l'on voit le plus souvent est constituée par un trou vertical d'un mètre de diamètre et dont la profondeur varie entre cinq et vingt mètres. Le mineur rentre dans un sac de toile jusqu'à mi-corps et descend lentement le long d'une corde grâce à une manivelle actionnée par l'un de ses collègues. Arrivé au fond et sous la lumière d'une unique bougie, il creuse une galerie à l'horizontale, la terre étant remontée dans des sacs. Elle sera ensuite tamisée dans la rivière. 

Ces mines présentent des conditions de travail quasi inhumaines. En début d'après-midi, il fait déjà très chaud au fond des puits. Les hommes transpirent par tous leurs pores, travaillant sans relâche, malgré l'air confiné. Un boyau qui s'écroule et c'est la fin du rêve ! 

 

Chaque année, notamment pendant la saison des pluies, des mineurs périssent ainsi, ensevelis. Selon la rumeur publique, et dieu sait si elle fonctionne bien à Ilakaka, la mine, entre les accidents et les meurtres, aurait tué plus de trois mille hommes depuis sa découverte. Même en se remontant le moral à coups de rhum, les limites sont vite atteintes. Non, la vie ne vaut pas chère à Ilakaka. La mort sait rompre violemment le destin des crève-la-faim abusés par le mythe de l'argent facile. Innombrables cohortes d'esclaves volontaires, mûs par le seul appât du gain et dont les véritables bénéficiaires ne mettront jamais leurs pieds dans un puits. Exténués par la pénibilité du travail et la chaleur accablante, découragés par la faiblesse des rendements, les hommes repartent dépités, leurs espoirs évanouis pour toujours et les poches vides comme à leur arrivée. Comment cette pierre, aussi belle soit-elle, mais sans intérêt pratique peut susciter autant de passions ? Est-ce sa rareté, les vertus curatives qu'on lui prête ? Quoi qu'il en soit, des milliers de gens continuent à s'entasser dans le moindre espace vital d'Ilakaka. Les raisons ? La misère. Aucune assistance n'existe sur la Grande Ile. La survie est quotidienne pour plus des trois-quarts des Malgaches qui crevotent à petits feux dans une vie éphémère. Tout est bon pour échapper à son sort, et le saphir est l'une de ces bouées de sauvetage.

Qui pourrait le leur reprocher ?...

 

 

 

 

 

 

 

 

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La découverte du saphir a perturbé les habitudes de la population locale. Beaucoup abandonnent l'agriculture pour venir ici. Le travail agricole rapporte peu, tandis que les mines font rêver.

Différentes catégories sociales débarquent jour et nuit des quatre coins de l'île : d'anciens fonctionnaires, des chômeurs, des étudiants ou de jeunes employés. Dans ce désordre fou, tous ne se destinent pas à la mine. Certains deviennent commerçants, intermédiaires entre les mineurs et les acheteurs, ou trafiquants en tous genres.

Ce sont donc autant des ruraux que des citadins qui œuvrent dans la région. Toute une humanité démunie et démesurée ayant répondu à l'appel des chimères.

 

Les conséquences de l'extraction ne s'arrêtent pas là.

La rivière, dont l'eau était autrefois potable, a été polluée par l'affluence de ces milliers de personnes. Des hommes, femmes et enfants y tamisent la terre extraite des carrières. Cette terre a fini par ensabler son cours. La turbidité de l'eau n'empêche pas les gens de se laver dans la rivière, faute d'eau courante dans leurs cabanes. Il n'est pas rare de constater des cas de dysenterie.

 

 

 

 

Lien Google Earth:      http://goo.gl/maps/S2BLA


 

 

 

 

 

 

 

Ilakaka-7243--2---Copier-.jpg

 

 

 

 

La région dort sur des milliards d'Ariary, mais l'île ne profite guère de ses richesses. Grâce à l'exportation clandestine des pierres précieuses, des nationaux, bien placés et influents, ont amassé des fortunes colossales, au détriment de leur pays.

 

 

 

 

 

 

 

 



     Merci à notre amie Matombé pour la visite et les rencontres avec les mineurs.

 

         

   

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Published by dédémada - dans Massif d'Isalo
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commentaires

Aziyadé 14/02/2010 17:10


Très intéressant votre blog sur Madagascar. J'avais vu un reportage sur l'exploitation des saphirs.
Epouvantable pour le paysage et ne bénéficie même pas à la population en terme de développement. Les fils de présidents se construisent eux des fortunes...
J'aime beaucoup les petits lémuriens makis.
Vous vous y rendez souvent ?


Pascale (ivS) 26/12/2009 14:39


Très très intéressant ce reportage!
J'ai traversé Ilakaka et je me demandais comment fonctionnait cette ville qui semblait montée à la va-vite, combien de temps elle resterait debout... J'ai pas mal de réponses à mes questions,
merci!
Et bravo pour ce blog, où l'esprit malgache est vivant.


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